Why does Strange Fruit always look so Sweet ? , 1998-2015

Dans les années 1990, alors qu’il séjourne dans le désert mexicain, dans la région aride du Nuevo León, aux abords de la ville de Monterrey, afin de collaborer avec les artisans locaux, Johan Creten s’abandonne à une frénésie créatrice telle qu’elle l’épuise jusqu’à la maladie. Cloué au lit, il contemple par la fenêtre les palmiers-dattiers, lourds de grappes sombres. Dans son esprit fiévreux, les fruits se mêlent à l’image des ganglions symptômes de sa maladie. Durant une décennie, il donnera forme à cette vision hallucinée à travers diverses œuvres en grès émaillé ou en bronze.

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Image d'archive de Johan Creten, Mexique, années 1990.
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Image d'archive de Johan Creten, Mexique, années 1990.
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L'oeuvre “Strange Fruit” en cours de réalisation dans l'atelier de Johan Creten au Mexique, 1998-1999.

À travailler comme un fou, Johan Creten s’épuise, se fragilise, tombe malade. Il lui faut se reposer, guetter la paix. Impérieusement. Du lit qui lui sert de brancard, il regarde par la fenêtre les dattiers et leurs fruits noirs, juteux. Il les observe comme il observe les ganglions qui contaminent alors sa peau et balafrent sa quiétude. Dattes et abcès se ressemblent tellement que le Flamand en vient à confondre ces corps étrangers. 

De cette vision hallucinée, rongée par la fièvre, le sculpteur tire une œuvre diaprée — Why does Strange Fruit always look so Sweet ?— dont il réalise trois versions différentes, en terre cuite émaillée. L’une d’elles, destinée à une exposition au Bass Museum in Art, en 2001, sera bientôt agrandie, en plâtre coloré, grâce à l’aide d’un ancien assistant de Niki de Saint Phalle, puis traduite en bronze, des années plus tard. Née d’une poussée de fièvre, d’un cauchemar, d’un délire, la sculpture enfantée parle la langue des monstres, ceux qui sortent de sous les lits, de derrière les rideaux, de tous les crânes. Henri Michaux : « Avec simplicité les animaux fantastiques sortent des angoisses et des obsessions et sont lancés au dehors sur les murs des chambres où personne ne les aperçoit que leur créateur. La maladie accouche, infatigablement, d’une création animale inégalable » (« Les animaux fantastiques », Plume, 1938).

- Colin Lemoine, extrait de “Strange Fruit”, Galerie Transit éditions, 2015, Textes de Kurt Van Eeghem et Colin Lemoine.

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Vue de l'exposition “Johan Creten, sculptures”, Musée de la Chasse et de la Nature, Paris, France, 2008
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Détail.

“Métamorphose de l’envie

L’œuvre de Johan Creten, qui emprunte son titre à une chanson de Billie Holiday (Strange Fruit, 1939), évoque la vie enfuie et exhorte à l’abolition de l’esclavage. Il est donc question d’émancipation, de liberté, de libération, de combat à mener, d’armes à lever. 

Mais la sculpture exprime également l’attrait ambigu du fruit, d’un fruit défendu que réprouvent la morale et les livres, le Livre. La faute, comme l’ombre du plaisir, comme le revers de la médaille. Désirer, c’est se damner. Et si le corps champignonne, c’est que le mal et le désir, littéralement, démangent.”

- Colin Lemoine, extrait de “Strange Fruit”, Galerie Transit éditions, 2015, Textes de Kurt Van Eeghem et Colin Lemoine.

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Vue de l’exposition “Why does Strange Fruit always look so Sweet?”, Skulptur i Pilane, Klövedal, Suède, 2022.
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Vue de l’exposition “The Nature of Clay”, The Monaco Project for the Arts 2015, École Supérieure d’Arts Plastiques, Pavillon Bosio et Jardin exotique de Monaco, France, 2015.
« Southern trees bear a strange fruit. Blood on the leaves and blood at the root. Black body swinging in the Southern breeze, Strange fruit hanging from the poplar trees. »
Billie Holiday
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Installation devant l’espace Matignon, Perrotin, Paris, 2021.
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Vue de l’exposition “La Traversée / The Crossing”, CRAC, Sète, 2017.
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Vue de l’exposition “Jouer avec le feu”, Musée des Beaux-Arts d’Orléans, 2024-2026.
Versions historiques en céramique

Les trois premières versions en argile cuite ont été façonnées à la main et émaillées par l’artiste dans l’atelier Artesanarte à Villa de García, à Monterrey. L’argile provenait de la région et était adaptée aux cuissons à basse température, tandis que les émaux utilisés étaient habituellement réservés aux artisans et employés dans la fabrication locale de carreaux.

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“Why does Strange Fruit always look so Sweet?”, 1998–1999. Terracotta émaillée, cuisson à basse température. Collection Bass Museum of Art, Miami Beach, États-Unis
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“El Jardin de Memo”, 1998–1999. Terracotta émaillée, cuisson à basse température. Collection privée, Chicago, Illinois, États-Unis
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“Old Fear Viejo Miedo”, 1998–1999. Terracotta émaillée, cuisson à basse température. Collection privée, Mexique.
Versions préliminaires et d'étude :

Pendant la période où Johan Creten vivait à Miami, il travaillait au « White Studio » dans le Design District. Il avait rapporté du Mexique l’une des pièces en argile. Un moule a été réalisé à partir de cet original en terre avant que la sculpture n’entre dans la collection du Bass Museum of Art, et un tirage en plâtre en a été effectué afin de servir à une édition en bronze (voir les grandes versions).

Ce modèle a ensuite été utilisé pour réaliser une version monumentale en plâtre peint avec l’aide d’Olivier Haligon. Le modèle et les moules ont été envoyés en Belgique afin de produire un modèle en résine, mêlant poudre d’argile et pigments, permettant de visualiser l’œuvre à l’échelle monumentale en bronze et servant de référence tout au long du processus de fonte. Des modèles en cire à l’échelle 1 ont été coulés à partir des moules pour être utilisés dans le cadre de la technique de la fonte à la cire perdue, et les grandes sculptures ont été réalisées à la fonderie Art Casting. La dorure a été effectuée par la Maison Gohard, à Paris.

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“Why does Strange Fruit always look so Sweet?”, 2002. Plâtre peint et mousse. Vue de l'exposition “Johan Creten”, Bass Museum of Art, Miami, États-Unis, 2003.
Grandes versions en bronze

Lors de son séjour à Miami, Johan Creten est entré en contact avec la fonderie Bronzart à Sarasota, en Floride, et a commencé à travailler sur une sculpture en bronze d’un mètre de haut. Après son retour à Paris, les fontes ultérieures ont été réalisées chez Art Casting à Oudenaarde en Belgique. Plusieurs des pièces ont été partiellement dorées, certaines à la feuille d’or, d’autres par électrodorure.

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Vue de l'exposition “Et si la guirlande de Julie était en laine...”, Château de Rambouillet, Rambouillet, France, 2010.
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Détail.
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“Why does Strange Fruit always look so Sweet? ”, 1999–2010. Bronze patiné, partiellement doré.

Plus de qunize ans après avoir conçu Strange Fruit , Johan Creten a souhaité créer une petite version « bibliothèque », une sculpture destinée à s’intégrer dans un cadre domestique intime. Chaque sculpture possède une patine différente. Ces patines étant fragiles, les sculptures doivent être conservées en intérieur. Une fois la dernière édition achevée, tous les moules ont été détruits.

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“Strange Fruit - Library version”, 1999–2015. Bronze patiné, partiellement doré.
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Détail.

Publications

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Catalogue d’exposition “Jouer avec le feu”, Musée des Beaux-Arts d’Orléans, Orléans, France, 2024
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Book “Strange Fruit”, Galerie Transit, Mechelen, Belgique, 2015
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Catalogue de l’exposition “The Monaco Projects for the Arts 2015 - The Nature of Clay” Pavillon Bosio, Monaco, 2015
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Historique des expositions

2024
. Jouer avec le feu , Musée des Beaux-Arts d’Orléans, Orléans, France.
. Les Fabriques ou la rage des utopies , Domaine de la Garenne Lemot, Clisson, France.

2023
. De Eerste parade , Knokke-Heist, Belgique.

2022
. Why does Strange Fruit always look so Sweet? , Skulptur i Pilane, Klövedal, Suède.

2021
. Les Extatiques , La Défense, Fance.
. Perrotin Matignon, Paris, France.

2016-2017
. De Nature en Sculpture , Fondation Villa Datris, L’Isle-sur-la-Sorgue, France.
. Jardins , Grand Palais, Paris, France.
. La Traversée / The Crossing , CRAC OCCITANIE / Pyrénées-Méditerranée), Sète, France.

2015
. Vormidable, contemporary Flemish sculpture , Museum Beelden aan Zee, Schveningen, The Netherlands.
· The Nature of Clay , The Monaco Project for the Arts 2015, École Supérieure d’Arts Plastiques, Pavillon Bosio and Exotic Garden of Monaco, France.
· Art Brussels , Galerie Transit, Brussels, Belgique.

2014
· The Storm , Middelheimmuseum Museum, Anvers, Belgique.

2012-2013
· Fire-Works , Museum Dhondt- Dhaenens, Deurle, Belgique.

2011
· FIAC 2011 , Galerie Perrotin, Grand Palais, Paris, France.

2010
· Et si la guirlande de Julie était en laine..., Château de Rambouillet, Rambouillet, France.
· Higher Powers Command , Group Lhoist, Limelette, Belgique.
. Who’s Afraid of the Museum? , Museum Hof van Busleyden, Malines, Belgique.
· Wijheizijweihij , Kingsmill, Eiksem, Landen, Belgique.
· Beyond Limits. Sotheby’s at Chatsworth : a selling exhibition, Chatsworth Castle, Bakewell, Royaume-Uni.
· Passion Fruits picked from the Olbricht Collection , Me Collectors Room, Berlin, Allemagne.

2008
· Johan Creten, sculptures , Musée de la Chasse et de la Nature, Paris, France.
. La Femmina , Musée Archéologique, Lattes, France.

2007
. Johan Creten. Tour des Forces , Musée royal de Mariemont, Morlanwelz, Belgique.

2004
· Miami Dreams , De Garage, Mechelen, Belgique.
· Because the Earth is 1/3 Dirt , CU Art Museum, Boulder, Colorado, États-Unis.

2003
· Art Brussels , Galerie Transit, Brussels, Belgique.
· Johan Creten sculptures , Elaine Baker Gallery, Boca Raton, États-Unis.
· Johan Creten, J.Johnson Gallery , Jacksonville Beach, États-Unis.
· Johan Creten , Bass Museum of Art, Miami, États-Unis.

2002
· Amigos , New World Arts Building, Miami, États-Unis.
· Free Lemonade , Robert Miller Gallery, New York, États-Unis.

1999
· Johan Creten, sculptures , Casa del Obispado, Villa de García, Monterrey, Mexique.

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Monterrey, Mexique.

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